Notes de frais en TPE : le guide complet (règles URSSAF, justificatifs, dirigeant, TVA)

Notes de frais · 18 octobre 2026 · 14 min de lecture

Une note de frais sert à rembourser à un salarié ou à un dirigeant les dépenses qu'il a avancées pour l'entreprise. Ce remboursement échappe aux cotisations sociales uniquement s'il couvre de vrais frais professionnels, justifiés ou indemnisés dans les limites fixées par l'URSSAF (par exemple 21,40 € par repas au restaurant en déplacement en 2026). Sans justificatif, le remboursement devient du salaire.

En bref

Qu'est-ce qu'une note de frais et qu'est-ce qu'un frais professionnel ?

Une note de frais est le document par lequel une personne qui a payé une dépense pour le compte de l'entreprise en demande le remboursement, pièces justificatives à l'appui. Le remboursement n'est pas un complément de salaire : il compense une dépense que la personne n'aurait pas eue sans son travail.

Le Bulletin officiel de la Sécurité sociale (BOSS) définit les frais professionnels comme des charges de caractère spécial, inhérentes à la fonction ou à l'emploi du salarié ou assimilé, et que celui-ci supporte pour accomplir ses missions pour l'entreprise (rubrique Frais professionnels, § 10). C'est l'article L. 136-1-1 du Code de la sécurité sociale qui exclut ces remboursements de l'assiette de la CSG, de la CRDS et, par renvoi de l'article L. 242-1, des cotisations sociales.

Frais professionnels ou avantage en nature ?

La différence entre un frais professionnel et un avantage en nature tient à celui qui profite de la dépense. Un frais professionnel est une dépense engagée dans l'intérêt de l'entreprise (un repas pris en déplacement chez un client, un billet de train pour un chantier). Un avantage en nature est un bien ou un service fourni au salarié pour son usage personnel (un véhicule de fonction utilisé le week-end, un repas sans lien avec un déplacement). L'avantage en nature est un élément de rémunération soumis à cotisations ; le frais professionnel ne l'est pas, dans les conditions décrites ci-dessous.

Le BOSS rappelle (§ 30) que toute indemnité qui ne correspond pas à un remboursement de frais professionnels est un élément de salaire, quelle que soit la dénomination que lui donne la convention collective ou le contrat. Appeler une somme « prime de frais » ne suffit pas.

Faut-il rembourser au réel ou par allocation forfaitaire ?

L'entreprise a le choix entre deux modes de remboursement : le remboursement des dépenses réelles sur justificatifs, ou le versement d'allocations forfaitaires. Le BOSS (§ 40 à 130) en précise les règles, qui s'appuient depuis 2025 sur l'arrêté du 4 septembre 2025 relatif aux frais professionnels déductibles pour le calcul des cotisations de sécurité sociale.

Le remboursement au réel

Le remboursement au réel consiste à rembourser exactement la dépense engagée, ticket ou facture à l'appui. Il n'y a pas de plafond d'exonération, mais l'URSSAF exige deux choses : prouver que le salarié est contraint d'engager ces frais pour son travail, et produire les justificatifs. Le BOSS ajoute (§ 70) que les frais doivent être exposés dans l'intérêt de l'entreprise et ne pas être d'un niveau exagéré.

L'allocation forfaitaire

L'allocation forfaitaire est une somme fixe versée sans collecter de ticket (par exemple une indemnité de repas par jour de chantier). Elle est exonérée de cotisations jusqu'à des limites fixées chaque année. En dessous de ces limites, l'allocation est réputée utilisée conformément à son objet : l'employeur n'a pas à produire de justificatif de dépense, mais il doit démontrer les circonstances de fait (le salarié était bien en déplacement, empêché de rentrer déjeuner). Au-delà, la fraction excédentaire n'est exonérée que sur justificatifs, faute de quoi elle est soumise à cotisations.

Situation (salarié)Limite d'exonération 2026
Repas au restaurant en déplacement, salarié contraint d'y déjeuner21,40 € par repas
Repas hors des locaux, sans restaurant (chantier, véhicule…)10,40 € par repas
Repas sur le lieu de travail imposé par l'organisation (équipe, nuit, horaires décalés)7,50 € par repas
Grand déplacement en métropole, repas (3 premiers mois)21,40 € par repas
Grand déplacement, logement et petit-déjeuner, Paris et 92-93-94 (3 premiers mois)76,60 € par jour
Grand déplacement, logement et petit-déjeuner, autres départements (3 premiers mois)56,80 € par jour
Télétravail, hors accord collectif2,70 € par jour, dans la limite de 59,40 € par mois
Utilisation du matériel informatique personnel55,20 € par mois

Source : urssaf.fr, page « Les frais professionnels », montants pour 2026. Ces valeurs sont revalorisées au 1er janvier de chaque année.

Exemple chiffré

Un technicien en intervention chez un client à 60 km déjeune au restaurant. L'entreprise lui verse une indemnité forfaitaire de 25 € par repas. Si elle démontre qu'il était contraint de déjeuner au restaurant, 21,40 € sont exonérés et les 3,60 € restants sont soumis à cotisations, sauf si elle prouve par justificatif que la dépense réelle a atteint 25 €. Si elle ne démontre pas la contrainte du restaurant, c'est la limite de 10,40 € qui s'applique (BOSS, § 260).

Le BOSS (§ 120) précise que la présomption d'utilisation conforme ne joue que si l'employeur indemnise exclusivement par forfait. S'il paie aussi directement une partie des dépenses (le restaurant réglé avec la carte de l'entreprise, par exemple), il doit prouver l'utilisation de l'indemnité.

Les frais qui ne se remboursent qu'au réel

Certains frais ne peuvent être indemnisés que sur la base des dépenses réelles : les frais de déménagement, certains frais de mobilité vers ou depuis l'outre-mer, et les frais des salariés envoyés en mission temporaire hors régime de détachement (BOSS, § 80). Le télétravail et le matériel informatique personnel relèvent en principe du réel, mais un forfait est admis par mesure de simplification (montants dans le tableau ci-dessus).

Quels justificatifs exiger pour une note de frais ?

Pour un remboursement au réel, chaque dépense doit être appuyée de justifications suffisamment précises pour établir sa réalité, son montant et son caractère professionnel (BOSS, § 70). En pratique, trois éléments sont nécessaires : la pièce de dépense, le motif et le lien avec une mission.

DépensePièces à conserver
Repas en déplacementFacture ou note du restaurant, date, lieu, motif du déplacement
Repas d'affairesFacture, nom et qualité des convives, montant effectivement payé (BOSS, § 360)
HôtelFacture au nom de l'entreprise si possible, ordre de mission ou motif
Train, avion, taxi, location de véhiculeBillet ou facture, trajet, motif
Péage, parkingReçu ou ticket d'automate, immatriculation, objet du déplacement
Indemnités kilométriquesCopie de la carte grise, état des déplacements (date, trajet, kilomètres, motif)
Fournitures, petit matérielFacture ou ticket détaillé

Pour les repas d'affaires, le BOSS admet qu'il n'y a pas d'abus manifeste jusqu'à un repas d'affaires par semaine ou cinq par mois. Au-delà, si les missions du salarié ne justifient pas ces repas, ils sont traités comme des avantages en nature.

Un ticket de carte bancaire seul ne détaille ni la nature de la dépense ni la TVA. Demandez systématiquement la facture ou la note détaillée : elle sert à la fois de justificatif social et de pièce pour récupérer la TVA.

Que doit contenir une note de frais ?

Aucun texte n'impose de modèle de note de frais. Pour qu'elle soit exploitable par l'URSSAF, l'administration fiscale et l'expert-comptable, une note de frais devrait comporter les informations suivantes :

  • le nom du bénéficiaire et sa fonction ;
  • la période couverte (en général le mois) ;
  • pour chaque dépense : la date, la nature (repas, hôtel, péage…), le fournisseur, le montant TTC, le montant de TVA, le motif professionnel et, pour un repas d'affaires, les participants ;
  • pour les trajets en véhicule personnel : le trajet, les kilomètres, la puissance fiscale du véhicule et le barème appliqué ;
  • la pièce justificative jointe à chaque ligne ;
  • le total à rembourser, déduction faite des avances déjà versées ;
  • la date et l'auteur de la validation, la date et le mode de remboursement.

Comment organiser la validation et le remboursement des notes de frais ?

Une politique de frais écrite, même d'une page, évite la plupart des litiges et des redressements. Elle fixe les plafonds internes, les catégories de dépenses admises, les justificatifs exigés et le circuit de validation. Voici un circuit adapté à une TPE :

  1. Saisie au fil de l'eau : le collaborateur photographie le justificatif au moment de la dépense et renseigne le motif.
  2. Clôture mensuelle : il regroupe ses dépenses du mois dans une note de frais et la transmet à une date fixe.
  3. Contrôle : la personne qui valide vérifie la présence de chaque pièce, le motif, le respect des plafonds internes et l'absence de doublon.
  4. Remboursement : par virement, en dehors du salaire ou sur une ligne distincte du bulletin de paie, non soumise à cotisations.
  5. Archivage : la note validée et ses pièces sont conservées avec la comptabilité, au moins 6 ans pour le fisc et 10 ans au titre du Code de commerce.
Le dirigeant d'une TPE est souvent à la fois celui qui dépense et celui qui valide. Faire viser ses propres notes par l'expert-comptable ou un associé, au moins une fois par trimestre, renforce la crédibilité du dossier en cas de contrôle.

Comment sont traités les frais du dirigeant ?

Les règles changent selon le statut social du dirigeant. Le point commun est simple : un dirigeant ne peut se faire rembourser que des dépenses engagées dans l'intérêt de la société, justifiées et non exagérées. Ce qui change, c'est la possibilité d'utiliser des forfaits.

DirigeantRégime socialMode de remboursement admis
Gérant minoritaire ou égalitaire de SARL ou de SELARLAssimilé salarié (régime général)Frais réels uniquement ; indemnités kilométriques au barème admises par simplification
Président ou dirigeant de SAS, PDG de SAAssimilé salarié (régime général)Frais réels uniquement ; indemnités kilométriques au barème admises par simplification
Gérant majoritaire de SARL, dirigeants relevant du régime des non-salariésTravailleur non salariéFrais réels ; les allocations forfaitaires ne s'appliquent pas
Mandataire social titulaire d'un contrat de travail distinctSelon le contratForfaits possibles au titre du seul contrat de travail (BOSS, § 140)

Pour les assimilés salariés, le BOSS (§ 90) prévoit que le remboursement « ne peut s'effectuer que sur la base des dépenses réelles », avec une seule tolérance : lorsqu'ils utilisent leur véhicule à des fins professionnelles, les frais peuvent être évalués avec les barèmes kilométriques publiés par l'administration fiscale. Un président de SAS ne peut donc pas percevoir d'indemnité forfaitaire de repas à 21,40 € : il doit produire la note du restaurant.

Pour les dirigeants relevant du régime des non-salariés, l'URSSAF indique que les remboursements sous forme d'allocations forfaitaires ne s'appliquent pas et que les frais sont évalués d'après leur valeur réelle.

Le côté impôt sur le revenu

Sur le plan fiscal, les dirigeants imposés dans la catégorie de l'article 62 du CGI (gérants majoritaires de SARL notamment) doivent inclure dans leur revenu imposable les allocations et remboursements forfaitaires pour frais. La doctrine (BOFiP, série RSA-GER) indique que des frais de déplacement non justifiés remboursés par une SARL à son gérant majoritaire sont imposables comme une rémunération, et que des remboursements effectués au vu d'indications imprécises ou d'un chiffre global sont traités comme des allocations forfaitaires. Les remboursements de frais réels, justifiés et utilisés conformément à leur objet, peuvent en revanche être exonérés (article 81, 1° du CGI).

La situation du dirigeant combine droit social, impôt sur le revenu et impôt sur les sociétés. Faites valider la politique de frais du dirigeant par l'expert-comptable, en particulier pour un gérant majoritaire.

La TVA des notes de frais est-elle récupérable ?

La TVA payée sur une dépense de note de frais est déductible si la dépense est engagée pour l'activité taxable de l'entreprise, si une facture comportant les mentions obligatoires existe et si la dépense ne fait pas partie des exclusions de l'article 206 de l'annexe II au CGI. En pratique, la TVA est récupérable sur un repas au restaurant, sur le gazole ou l'essence (à 80 % pour une voiture de tourisme, à 100 % pour un utilitaire) ou sur des fournitures. Elle ne l'est pas sur l'hébergement des dirigeants et du personnel, sur les billets de train, d'avion ou de taxi, ni sur les cadeaux au-delà d'un seuil de très faible valeur.

Le détail par type de dépense, les tolérances pour les factures de 150 € HT ou moins et le traitement des péages sont présentés dans l'article TVA récupérable sur les notes de frais.

Comment rembourser l'usage d'un véhicule personnel ?

Lorsqu'un salarié est contraint d'utiliser sa voiture, sa moto ou son scooter pour un déplacement professionnel, l'entreprise peut lui verser des indemnités kilométriques. Elles sont exonérées de cotisations dans la limite du barème kilométrique publié par l'administration fiscale (arrêté du 27 mars 2023, toujours en vigueur selon l'URSSAF en 2026), majoré de 20 % pour un véhicule 100 % électrique.

Pour une voiture de 5 CV et 3 000 km professionnels dans l'année, l'indemnité maximale exonérée est de 3 000 × 0,636 = 1 908 €. L'employeur doit pouvoir présenter la carte grise et un état des kilomètres parcourus par jour. Le barème complet, la formule par tranche et les cas particuliers sont détaillés dans l'article Indemnités kilométriques : barème et calcul.

Combien de temps conserver les justificatifs, et peut-on les numériser ?

Les justificatifs de frais doivent être conservés 6 ans pour l'administration fiscale (article L. 102 B du Livre des procédures fiscales) et 10 ans à compter de la clôture de l'exercice au titre des pièces justificatives comptables (article L. 123-22 du Code de commerce). Les factures papier peuvent être numérisées et le papier détruit, à condition de respecter les modalités de l'arrêté du 22 mars 2017 : copie conforme en image et en contenu, format PDF ou PDF/A-3, empreinte numérique ou cachet serveur, horodatage, procédure documentée et contrôles réguliers.

Les conditions exactes, le rôle de la copie fiable au sens de l'article 1379 du Code civil et ce qu'apporte un horodatage qualifié eIDAS sont détaillés dans l'article Numériser ses justificatifs : peut-on jeter les tickets papier ?.

Quelles erreurs font requalifier un remboursement de frais en salaire ?

Un remboursement de frais est requalifié en salaire lorsque l'employeur ne peut pas établir la réalité et le caractère professionnel de la dépense. La somme est alors réintégrée dans l'assiette des cotisations, pour la totalité de son montant si le caractère professionnel n'est pas démontré (BOSS, § 100). Les erreurs les plus fréquentes :

  1. Forfait versé sans circonstance de fait : une indemnité de repas versée chaque jour à un salarié sédentaire qui déjeune près de son bureau n'est pas un frais professionnel (BOSS, § 160).
  2. Absence de justificatif pour un remboursement au réel ou pour la part d'un forfait qui dépasse la limite d'exonération.
  3. Indemnités kilométriques sans carte grise ni relevé de kilomètres : elles sont intégrées à l'assiette des cotisations.
  4. Forfaits versés à un président de SAS ou à un gérant minoritaire (hors indemnités kilométriques) : seuls les frais réels sont admis.
  5. Dépenses personnelles : repas du week-end, frais du conjoint, contraventions liées au comportement du conducteur.
  6. Montants exagérés au regard des missions : repas d'affaires trop fréquents, hôtels sans rapport avec la mission.
  7. Double remboursement : un forfait de repas et la note du restaurant pour le même repas, ou des indemnités kilométriques et le remboursement du carburant pour le même trajet.
  8. Indemnités domicile-travail versées à un salarié qui utilise sa voiture par simple convenance : l'ancienne tolérance a disparu (BOSS, § 415).

Questions fréquentes

Une note de frais est-elle soumise à cotisations sociales ?

Non, si elle rembourse de vrais frais professionnels : dépenses réelles justifiées, ou allocations forfaitaires dans les limites URSSAF de l'année. Une somme versée sans justificatif ni circonstance professionnelle est en revanche traitée comme du salaire et soumise à cotisations.

Quel est le montant de l'indemnité repas URSSAF en 2026 ?

En 2026, l'indemnité exonérée est de 21,40 € pour un repas au restaurant en déplacement, de 10,40 € pour un repas hors des locaux sans restaurant et de 7,50 € pour un repas imposé sur le lieu de travail. Ces montants sont revalorisés chaque 1er janvier.

Le président d'une SAS peut-il toucher des indemnités forfaitaires de repas ?

Non. Selon le BOSS, les frais des présidents de SAS, des PDG de SA et des gérants minoritaires ou égalitaires de SARL ne peuvent être remboursés que sur la base des dépenses réelles. Seules les indemnités kilométriques au barème fiscal sont admises par simplification.

Dans quel délai faut-il rembourser une note de frais ?

Aucun délai légal général ne s'applique aux notes de frais ; la convention collective, le contrat ou la politique de frais de l'entreprise peuvent en fixer un. L'usage est de rembourser avec la paie du mois suivant la dépense, sur une ligne distincte non soumise à cotisations.

Que se passe-t-il si un salarié perd un ticket ?

Sans justificatif, le remboursement au réel n'est pas exonéré : il est soumis à cotisations et la TVA n'est pas récupérable. L'entreprise peut demander un duplicata de facture au fournisseur, qui reste la meilleure solution.

Faut-il garder les tickets papier si on les scanne ?

Non pour les factures numérisées dans les conditions de l'arrêté du 22 mars 2017 (copie conforme, PDF ou PDF/A-3, empreinte ou cachet, horodatage, procédure documentée). Si la numérisation ne respecte pas ces conditions, l'administration peut exiger l'original papier.

Dernière mise à jour : 18 octobre 2026. Article d'information générale : il ne remplace pas le conseil de votre expert-comptable.

Yael Verdeille — gérant d'Anticipation SARL, entreprise alsacienne de location de chapiteaux. Il a conçu Sindri pour gérer les devis, acomptes, factures et justificatifs de sa propre entreprise, puis l'a ouvert aux autres TPE.