Relance de facture impayée : délais légaux, pénalités, étapes et modèles de messages

Gestion commerciale · 18 octobre 2026 · 11 min de lecture

Entre professionnels, une facture non réglée à son échéance fait courir de plein droit des pénalités de retard et une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement, sans qu'aucun rappel soit nécessaire. La relance d'une facture impayée suit ensuite une progression : relances amiables, mise en demeure, puis injonction de payer ou procédure simplifiée de recouvrement.

En bref

Quels sont les délais de paiement légaux entre professionnels ?

Entre professionnels, le délai de paiement est de 30 jours à compter de la réception des marchandises ou de l'exécution de la prestation lorsque rien n'a été convenu. Par accord, les parties peuvent retenir un délai plus long, plafonné à 60 jours à compter de la date d'émission de la facture, ou à 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit et que ce délai n'est pas manifestement abusif (Code de commerce, art. L441-10 et L441-11, selon Service Public Entreprendre, fiche vérifiée le 7 août 2026).

SituationDélai maximalPoint de départ
Aucun délai convenu30 joursRéception des marchandises ou exécution de la prestation
Délai convenu (cas général)60 joursDate d'émission de la facture
Délai convenu « fin de mois », prévu au contrat45 jours fin de moisDate d'émission de la facture
Factures périodiques45 joursDate d'émission de la facture
Transport routier de marchandises, location de véhicules, commission de transport30 joursDate d'émission de la facture

Calcul de 45 jours fin de mois

Pour une facture du 1er août 2026, Service Public Entreprendre indique deux échéances possibles selon la méthode retenue au contrat : 15 octobre 2026 (fin du mois d'émission, puis 45 jours) ou 30 septembre 2026 (45 jours après la facture, puis fin de mois).

Le non-respect de ces plafonds expose le client à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 2 millions d'euros pour une personne morale, doublée en cas de récidive dans les deux ans. Ces délais concernent les relations entre professionnels ; une facture adressée à un particulier est payable selon les conditions convenues avec lui.

Comment calculer les pénalités de retard ?

Les pénalités de retard sont dues de plein droit dès le lendemain de la date d'échéance figurant sur la facture, sans rappel ni mise en demeure préalable. L'article L441-10 du Code de commerce fixe leur taux : sauf disposition contraire, qui ne peut toutefois fixer un taux inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal, ce taux est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement la plus récente, majoré de 10 points de pourcentage.

Selon Service Public Entreprendre, le taux de référence BCE est celui en vigueur au 1er janvier pour le premier semestre et au 1er juillet pour le second semestre. Pour 2026, la fiche indique 12,15 % au premier semestre et 12,40 % au second semestre ; le plancher de trois fois le taux d'intérêt légal y est indiqué à 8,25 %.

Exemple chiffré

Une facture de 5 000 € échue le 30 septembre 2026 est réglée le 30 octobre 2026, soit 30 jours de retard. Avec un taux de 12,40 % : 5 000 € × 12,40 % × 30 / 365 = 50,96 € de pénalités, auxquels s'ajoute l'indemnité forfaitaire de 40 €. Total réclamable : 90,96 €.

Le taux des pénalités et leurs conditions d'application doivent figurer dans les conditions générales de vente et sur chaque facture. Un taux inférieur au plancher, ou un mode de calcul non conforme, expose lui aussi à l'amende administrative.

L'indemnité forfaitaire de 40 € est-elle due automatiquement ?

Oui. Tout professionnel qui paie en retard est de plein droit débiteur, à l'égard de son créancier, d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement dont l'article D441-5 du Code de commerce fixe le montant à 40 €. Selon Service Public Entreprendre, l'indemnité est due une seule fois par facture, et non par jour de retard, même en cas de paiement partiel ; elle n'est pas soumise à la TVA.

Si les frais de recouvrement réellement engagés dépassent 40 €, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire sur justificatifs. L'indemnité de 40 € ne s'applique qu'entre professionnels : elle ne peut pas être réclamée à un client particulier.

Mentionner l'indemnité de 40 € sur la facture est obligatoire pour les factures entre professionnels. L'oublier ne supprime pas la créance d'indemnité, mais expose à l'amende fiscale de 15 € par mention manquante (CGI, art. 1737), à l'amende administrative prévue par le Code de commerce, et affaiblit la position du créancier lors des relances.

Quelles étapes suivre pour relancer une facture impayée ?

Une relance efficace est graduée : chaque étape laisse au client la possibilité de régler, tout en constituant un dossier en cas de procédure. La mise en demeure écrite est la pièce charnière : c'est l'une des pièces justificatives demandées pour une injonction de payer.

  1. J − 5 : rappel préventif (facultatif), utile pour un nouveau client ou une grosse facture.
  2. J + 1 à J + 7 : première relance amiable, par e-mail, avec la facture en pièce jointe.
  3. J + 15 : deuxième relance, rappel des pénalités et de l'indemnité de 40 €, appel téléphonique si possible.
  4. J + 30 : mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception, fixant un délai final (8 jours par exemple).
  5. Après expiration du délai : recouvrement judiciaire, injonction de payer ou procédure simplifiée par commissaire de justice.

Pendant toute la procédure, le suivi des règlements doit être à jour : relancer un client qui a déjà payé dégrade la relation. Un pointage des paiements et un état de l'encours par client permettent d'éviter cette erreur.

Faciliter le paiement accélère aussi le règlement : un lien de paiement par carte bancaire dans l'e-mail de relance permet au client de payer immédiatement depuis son téléphone, sans recopier d'IBAN. Le coût d'un encaissement par carte dépend du prestataire de paiement ; il s'exprime en général en pourcentage du montant plus un montant fixe par transaction.

Modèle 1 : première relance amiable (e-mail)

Objet : Facture n° [numéro] du [date] — échéance dépassée

Bonjour [Nom],

Sauf erreur de notre part, la facture n° [numéro] du [date], d'un montant de [montant] € TTC, arrivée à échéance le [date d'échéance], reste à ce jour impayée. Vous la trouverez en pièce jointe.

Si le règlement est déjà parti, merci de ne pas tenir compte de ce message. Dans le cas contraire, nous vous remercions de procéder au paiement par [mode de paiement / coordonnées bancaires].

Cordialement,
[Nom, entreprise, téléphone]

Modèle 2 : deuxième relance

Objet : Deuxième relance — facture n° [numéro] impayée

Bonjour [Nom],

Malgré notre précédent message du [date], la facture n° [numéro] du [date], d'un montant de [montant] € TTC, échue le [date d'échéance], n'a pas été réglée.

Nous vous rappelons que, conformément à nos conditions générales de vente et à l'article L441-10 du Code de commerce, tout retard de paiement entraîne des pénalités au taux de [taux] % ainsi qu'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 €.

Nous vous remercions de régulariser cette situation avant le [date]. Si une difficulté explique ce retard, nous restons disponibles pour en parler.

Cordialement,
[Nom, entreprise, téléphone]

Modèle 3 : mise en demeure (lettre recommandée avec AR)

Objet : Mise en demeure de payer — facture n° [numéro]

Madame, Monsieur,

Par courriers du [date] et du [date], nous vous avons demandé le règlement de la facture n° [numéro] du [date], d'un montant de [montant] € TTC, échue le [date d'échéance]. Cette facture demeure impayée à ce jour.

Par la présente, nous vous mettons en demeure de nous régler, dans un délai de [8] jours à compter de la réception de ce courrier, la somme de [montant] € TTC, majorée des pénalités de retard calculées au taux de [taux] % depuis le [lendemain de l'échéance], soit [montant] €, et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € prévue à l'article D441-5 du Code de commerce.

À défaut de règlement dans ce délai, nous engagerons sans autre avis une procédure de recouvrement judiciaire, notamment une requête en injonction de payer.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.
[Nom, qualité, entreprise, signature]

Comment fonctionne l'injonction de payer ?

L'injonction de payer est une procédure judiciaire sans audience : le créancier dépose une requête au greffe, le juge statue sur les seules pièces fournies et peut rendre une ordonnance qui condamne le débiteur à payer. Selon Service Public Entreprendre (fiche vérifiée le 1er septembre 2026), la procédure se déroule ainsi :

  1. Choisir le tribunal : tribunal de commerce (ou tribunal des activités économiques) si créancier et débiteur sont commerçants ; tribunal judiciaire dans les autres cas, par exemple si le débiteur est un particulier ou un professionnel libéral. La requête se dépose au greffe du lieu du siège ou du domicile du débiteur ; en Alsace-Moselle, c'est la chambre commerciale du tribunal judiciaire.
  2. Remplir le formulaire : cerfa n° 12946 au tribunal de commerce (papier ou en ligne), cerfa n° 12948 au tribunal judiciaire.
  3. Joindre les pièces : bon de commande ou contrat, copie de la facture impayée, mise en demeure.
  4. Payer les frais : 33,47 € de frais de greffe au tribunal de commerce ; aucun frais de greffe au tribunal judiciaire. L'avocat n'est pas obligatoire pour la requête.
  5. Faire signifier l'ordonnance par un commissaire de justice : depuis le 1er septembre 2026, dans un délai de 3 mois à compter de l'ordonnance (6 mois auparavant), sous peine de caducité.
  6. Attendre le délai d'opposition : le débiteur dispose d'un mois à compter de la signification pour former opposition. Sans opposition, l'ordonnance devient un titre exécutoire.

Les frais du commissaire de justice pour la signification et, le cas échéant, les honoraires d'un avocat s'ajoutent aux frais de greffe.

La procédure simplifiée pour les petites créances

Pour une créance de moins de 5 000 €, une procédure simplifiée de recouvrement permet de passer par un commissaire de justice sans saisir le tribunal, si le débiteur accepte un accord. Service Public Entreprendre signale aussi qu'une nouvelle procédure simplifiée pour les créances commerciales non contestées entre commerçants, sans limite de montant, a été créée en 2026 mais n'est opérationnelle qu'après la parution de son décret d'application.

Et si le client est un particulier ?

Les pénalités de retard de l'article L441-10 et l'indemnité forfaitaire de 40 € ne s'appliquent qu'entre professionnels. Face à un client particulier, l'entreprise peut réclamer des intérêts au taux légal, fixé chaque semestre, et suivre la même progression de relances. L'injonction de payer relève alors du tribunal judiciaire, sans frais de greffe.

Combien de temps a-t-on pour réclamer une facture impayée ?

L'action en paiement d'une facture entre commerçants, ou entre un commerçant et un non-commerçant, se prescrit par cinq ans (Code de commerce, art. L110-4). L'action d'un professionnel contre un consommateur pour les biens ou services qu'il lui a fournis se prescrit par deux ans (Code de la consommation, art. L218-2).

Passé ce délai, la créance ne peut plus être réclamée en justice. Une relance amiable ne suffit pas à interrompre la prescription ; une action en justice, comme une requête en injonction de payer, a cet effet.

Les factures émises se conservent 10 ans : même prescrite, une facture impayée reste dans la comptabilité, où l'expert-comptable pourra la traiter comme créance irrécouvrable. La TVA reversée sur une créance devenue définitivement irrécouvrable peut alors être récupérée, sous conditions.

La relance n'est qu'un maillon du suivi commercial : voir le guide gestion commerciale d'une TPE, du devis à l'encaissement. Si l'impayé résulte d'une contestation sur le montant, la solution passe souvent par un avoir partiel : voir avoir sur facture : quand et comment l'émettre.

Questions fréquentes

Faut-il envoyer une mise en demeure pour réclamer des pénalités de retard ?

Non. Entre professionnels, les pénalités de retard sont exigibles dès le lendemain de la date d'échéance, sans qu'un rappel soit nécessaire. La mise en demeure reste utile pour constituer le dossier d'une injonction de payer.

L'indemnité de 40 € s'applique-t-elle à chaque relance ?

Non. L'indemnité forfaitaire de 40 € est due une seule fois par facture payée en retard, quel que soit le nombre de relances ou de jours de retard. Des frais supérieurs peuvent être réclamés sur justificatifs.

Peut-on réclamer l'indemnité de 40 € à un particulier ?

Non. L'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement et les pénalités de retard de l'article L441-10 du Code de commerce ne concernent que les relations entre professionnels. Un particulier peut être redevable d'intérêts au taux légal.

Combien coûte une injonction de payer ?

Selon Service Public Entreprendre, les frais de greffe sont de 33,47 € devant le tribunal de commerce et nuls devant le tribunal judiciaire. S'y ajoutent les frais de signification par commissaire de justice et, si vous en prenez un, les honoraires d'avocat.

Quel délai pour réclamer une facture impayée ?

Cinq ans entre professionnels (Code de commerce, art. L110-4), deux ans pour un professionnel contre un consommateur (Code de la consommation, art. L218-2). Une simple relance n'interrompt pas ce délai.

Le client peut-il imposer un délai de paiement de 90 jours ?

Non, sauf cas particuliers prévus par la loi (exportations hors Union européenne par certains vendeurs, secteurs spécifiques). Le plafond général est de 60 jours après la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit.

Dernière mise à jour : 18 octobre 2026. Article d'information générale : il ne remplace pas le conseil de votre expert-comptable.

Yael Verdeille — gérant d'Anticipation SARL, entreprise alsacienne de location de chapiteaux. Il a conçu Sindri pour gérer les devis, acomptes, factures et justificatifs de sa propre entreprise, puis l'a ouvert aux autres TPE.